Qu’est-ce que l’innovation adjacente ?

innovation adjacente

Comment définir l'innovation adjacente ?

L’innovation adjacente représente souvent le levier de croissance le plus rentable pour une entreprise industrielle, mais aussi le plus périlleux juridiquement si elle est mal encadrée. Elle consiste à sortir de votre zone de confort pour appliquer vos inventions et technologies éprouvées à de nouveaux marchés, ou à intégrer de nouvelles technologies pour servir votre clientèle existante. Ignorer cette stratégie, c’est laisser vos actifs immatériels dormir alors qu’ils pourraient conquérir de nouveaux territoires. Pire, vous risquez de vous faire surprendre par un concurrent venu d’un secteur voisin. Pi Motion décrypte pour vous les mécanismes, les risques juridiques et la méthode pour sécuriser vos innovations adjacentes.

L’innovation adjacente fait partie des quatre grands types d’innovation industrielle. Les trois autres types d’innovation sont :

 

innovation adjacente

 

Innovation adjacente : définition, exemples et stratégie juridique

L’innovation adjacente se situe à mi-chemin entre l’amélioration continue (innovation incrémentale) et la révolution totale (innovation radicale). Elle est souvent mal comprise, et pourtant, elle constitue le pivot stratégique majeur des entreprises qui réussissent à scaler (changer d’échelle). Comprendre sa mécanique est indispensable pour ne pas gaspiller vos ressources R&D et pour éviter des litiges coûteux en propriété intellectuelle.

 

I – Définition de l’innovation adjacente : étendre ses frontières

L’innovation adjacente consiste à projeter une entreprise hors de son cœur de métier actuel, mais sans sauter dans l’inconnu total. Elle s’appuie sur une base solide existante pour explorer un territoire ou secteur d’activité proche.

 

1) La matrice de l’innovation adjacente

Pour visualiser ce concept, il faut imaginer une matrice croisant les marchés et les technologies.

  • L’innovation incrémentale reste dans le carré « technologies existantes / marchés existants ».
  • L’innovation radicale vise le carré « nouvelles technologies / nouveaux marchés ».
  • L’innovation adjacente, elle, occupe les cases intermédiaires. Soit vous exportez une technologie que vous maîtrisez vers un nouveau marché (nouvelle application). Soit vous intégrez une nouvelle technologie pour mieux servir votre marché actuel.

2) L’innovation adjacente capitalise sur l’actif PI existant

La force de cette approche réside dans l’effet de levier. Vous ne repartez pas de zéro. Vous exploitez un actif immatériel déjà amorti (un brevet d’invention, un savoir-faire, une marque déposée) pour générer des revenus sur un segment inexploré.

Encore faut-il faire une distinction essentielle entre brevet déposé et marque déposée. En effet, autant le brevet déposé produit des effets pour tous les usages de l’invention, connus ou inconnus (au moment du dépôt), à l’exception prêt des brevets dans le domaine pharmaceutiques (Cf. notre article à paraître sur « La 2ème application thérapeutique » en rubrique « Actualités »).

Autant c’est fondamentalement différent pour une marque. La marque, quant à elle, ne produit des effets que pour les classes réservées au moment du dépôt de la marque. Si on veut « étendre la protection », il faut redéposer une nouvelle marque : la même, mais pour de nouvelles classes, à conditions qu’elles soient encore disponibles car vos concurrents vous ont peut-être pris de vitesse dans l’intervalle.

Quoi qu’il en soit, ne pas exploiter cette « adjacence », c’est accepter un manque à gagner considérable sur vos investissements passés. C’est laisser dormir un capital technologique qui pourrait être monétisé ailleurs.

 

3) Une prise de risque modérée mais réelle

Contrairement à la rupture technologique qui exige des capitaux stables sur le long terme et qui tolère un fort taux d’échec, l’innovation adjacente doit générer du cash rapidement. Le risque technologique est souvent faible (vous maîtrisez la technologie), mais le risque commercial ou juridique est élevé car vous entrez sur un terrain où vous ne connaissez pas les règles, ni les concurrents, ni les brevets déposés en vigueur.

 

II – Pourquoi l’innovation adjacente est un impératif de croissance

Se cantonner à son cœur de métier historique est une stratégie risquée à long terme. Les marchés saturent, les marges s’érodent, les concurrents sont nombreux. L’innovation adjacente est la réponse pour revitaliser votre activité.

 

1) L’innovation adjacente prolonge la durée de vie de vos brevets

Un brevet d’invention confère un monopole d’au plus 20 ans. Si vous limitez son exploitation à votre seul produit historique, vous gâchez son potentiel. En transposant cette technologie vers un usage adjacent, vous rentabilisez les coûts de maintien en vigueur du titre sur une base de revenus plus large. Ignorer ces opportunités, c’est payer des annuités à fonds perdus pour une protection sous-exploitée.

 

2) Ce type d’innovation permet de contrer la banalisation de vos produits et services

Vos produits actuels finissent inévitablement par devenir des standards (banalisation) où la guerre des prix fait rage. L’innovation adjacente permet de redonner de la valeur à votre offre en y ajoutant une brique technologique nouvelle (exemple : ajouter de la connectivité à un objet mécanique) ou en trouvant un marché de niche où votre technologie standard devient une solution premium. Ne pas bouger, c’est voir vos marges fondre inéluctablement.

 

III – Exemples d’innovation adjacente et mécanismes de valeur

Pour bien saisir la puissance de ce levier, observons comment des actifs immatériels peuvent être transposés.

 

1) Innovation adjacente et transfert de technologie vers un nouveau secteur

Imaginez une entreprise spécialisée dans les capteurs pour l’automobile. Elle possède des brevets déposés solides sur la résistance aux vibrations. Une innovation incrémentale consisterait à simplement adapter ces capteurs pour le marché de l’éolien ou de l’aérospatial.

Par contre, une innovation adjacente consisterait à utiliser la technologie d’une nouvelle manière ou pour de nouveaux usages. Exemple : pour détecter la présence de cétacés dans l’océan – si toutefois cela s’avérait possible – alors que le capteur n’était pas du tout fait pour cela à l’origine.

La technologie est la même (le brevet de base est utile), mais le marché et les contraintes réglementaires sont nouveaux. Si cette entreprise ne fait pas cette démarche adjacente, un concurrent venu d’un autre secteur économique pourrait, à l’inverse, adapter ses technologies pour attaquer le marché automobile.

 

2) L’ajout de services numériques

C’est le cas classique de l’industrie traditionnelle qui bascule vers l’IoT (Internet des objets). Un fabricant de pompes industrielles qui intègre des capteurs pour vendre de la maintenance prédictive réalise une innovation adjacente. Il passe de la vente de matériel à la vente de service. Cela implique de gérer de nouveaux actifs de propriété intellectuelle : logiciels, bases de données, algorithmes.

Négliger cette innovation adjacente numérique, c’est risquer d’être « ubérisé » par un éditeur de logiciel qui captera la valeur ajoutée de vos machines.

 

IV – Les risques juridiques majeurs : la liberté d’exploitation de l’invention

C’est le point critique. En entrant sur un marché adjacent, vous quittez votre zone de sécurité juridique. Vous ne connaissez pas les acteurs en place, ni les portefeuilles de brevets qu’ils ont pu déposer.

 

1) Le danger de la contrefaçon de brevet involontaire

Vous maîtrisez votre technologie, certes. Mais l’application de cette technologie dans ce nouveau secteur est peut-être déjà verrouillée par un brevet tiers qui a été déposé par une société opérant dans ce domaine d’activité. Par exemple, utiliser votre capteur automobile sur une éolienne pourrait enfreindre un brevet de procédé détenu par un constructeur d’éoliennes. Lancer un produit adjacent sans réaliser une étude de liberté d’exploitation (FTO) rigoureuse est suicidaire. Vous risquez une action en contrefaçon de brevet qui bloquerait vos ventes et détruirait vos investissements marketing. Avant toute chose, vous devez donc étudier ce nouveau marché avec soin.

👉 À lire : notre article sur la recherche de brevets.

 

2) La collision avec des « Patent thickets » (maquis de brevets)

Certains secteurs adjacents (télécoms, électronique) sont minés par des milliers de brevets qui se chevauchent. Entrer dans ces secteurs demande une cartographie précise pour ne pas marcher sur une mine. Ignorer cette densité de brevets déposés, c’est s’exposer à des demandes de redevances exorbitantes qui tueraient la marge de votre nouveau produit.

 

V – Stratégie de Propriété Intellectuelle pour l’innovation adjacente

Adapter votre stratégie PI est obligatoire. Vos brevets historiques ne suffiront peut-être pas à vous protéger dans ce nouvel environnement.

 

1) Réviser la portée des revendications de vos brevets

Si vous déposez de nouveaux brevets, ne les limitez pas à votre application historique. Rédigez des revendications fonctionnelles qui couvrent l’application de votre technologie dans des domaines adjacents. Si vos brevets actuels sont trop restreints, vous laissez la porte ouverte aux concurrents pour utiliser votre invention dans ces nouveaux marchés sans vous verser un centime.

👉 À lire : notre article sur le dépôt de brevet.

 

2) Innovation adjacente et licensing (licences)

L’innovation adjacente est le terrain de prédilection du licensing.

  • Licensing-out : Si vous n’avez pas la force commerciale pour attaquer ce marché adjacent, concédez une licence de votre brevet à un acteur déjà en place. Vous générez des royalties sans risque commercial.
  • Licensing-in : Si vous visez un marché adjacent qui nécessite une brique technologique que vous n’avez pas, prenez une licence plutôt que de réinventer la roue. Cela accélère votre « Time to Market ». Ne pas utiliser le levier des licences, c’est se priver de revenus passifs ou ralentir dangereusement votre développement.

👉 À lire : notre article sur « La collaboration et le partenariat en PI », en rubrique « Actualités ».

 

3) Veille brevet : surveillance de cette concurrence élargie

Votre veille brevets ne doit plus se limiter à vos concurrents directs. Vous devez surveiller les acteurs des marchés voisins. Un dépôt de brevet d’un acteur du médical dans votre secteur de l’électronique grand public est un signal faible d’une innovation adjacente qui vous menace. Rater ce signal, c’est perdre l’avantage du précurseur.

 

VI – Piloter l’innovation adjacente avec les logiciels de PI Motion

Gérer l’innovation adjacente complexifie considérablement votre portefeuille PI. Vous devez jongler avec de nouvelles classes de brevets, de nouveaux territoires géographiques et des contrats de licence. Les logiciels de PI Motion sont conçus pour sécuriser cette complexité.

 

1) Cartographier les territoires vierges avec Patent Pulse

Avant d’investir dans une démarche d’innovation adjacente, vous devez vérifier si le terrain est libre. Le logiciel Patent Pulse permet de réaliser des cartographies de brevets (Patent landscaping) pour visualiser qui détient les droits dans le marché visé.

  • Identifiez les « espaces blancs » (white spaces) où la concurrence est faible.
  • Détectez les brevets bloquants avant de lancer la R&D.
  • Repérez les partenaires potentiels pour du licensing. Ne pas utiliser cet outil d’intelligence économique, c’est naviguer à vue dans un océan rempli d’icebergs juridiques.

2) Maîtriser l’explosion des coûts avec PI Planner

L’innovation adjacente implique souvent d’étendre vos brevets dans de nouveaux pays ou de déposer de nouvelles demandes de brevets auprès de l’INPI. Cela fait exploser les coûts de gestion (annuités, traductions, honoraires). Le logiciel PI Planner centralise la gestion de vos titres et simule les coûts futurs.

  • Visualisez l’impact budgétaire d’une extension de brevet vers un nouveau marché.
  • Arbitrez rapidement : faut-il maintenir ce brevet dans ce pays adjacent si le marché ne décolle pas ?
    👉 À lire: notre article « Renforcer, abandonner ou vendre mon brevet » en rubrique « Actualités ».
  • Suivez les contrats de licence (revenus et dépenses) liés à vos diversifications. Sans un outil de pilotage financier précis, l’aventure adjacente peut devenir un gouffre financier incontrôlé.

VII – Financer l’expansion : Crédit impôt recherche et innovation

L’État soutient la prise de risque liée à l’exploration de nouveaux marchés technologiques. Ne passez pas à côté de ces aides.

 

1) L’éligibilité de l’innovation adjacente au CIR et au CII

Adapter une technologie existante à un nouveau domaine pose des défis techniques (incertitudes). Ces travaux de R&D nécessaires pour lever les verrous technologiques de l’adaptation sont éligibles au Crédit Impôt Recherche (CIR). Si l’innovation concerne un nouveau produit avec des performances supérieures (ergonomie, fonctionnalités) pour le marché, elle peut relever du Crédit Impôt Innovation (CII) pour les PME. Oublier de déclarer ces projets, c’est perdre 30% de votre investissement R&D en cash.

👉 Notre conseil : rapprochez-vous d’un CPI pour valider les aides auxquelles vous avez droit.

 

2) La valorisation de l’actif « brevets » pour les investisseurs

Démontrer que vous possédez des brevets couvrant des marchés adjacents augmente la valorisation de votre entreprise. Cela prouve aux investisseurs que votre technologie est « scalable » (extensible) et que vous avez des relais de croissance. C’est un argument clé pour les levées de fonds.

 

En résumé, l’innovation adjacente est une stratégie PI sûre pour pérenniser son activité

L’innovation adjacente est le moteur le plus sûr pour pérenniser votre activité industrielle.

  • Elle permet de rentabiliser vos actifs technologiques sur de nouveaux marchés.
  • Elle exige une vigilance juridique accrue (vérifier la liberté d’exploitation de votre invention sur un nouveau secteur d’activité) pour éviter la contrefaçon.
  • Elle nécessite une stratégie de PI flexible, mêlant dépôts de brevets défensifs et accords de licences.
  • Elle impose un pilotage financier rigoureux de votre budget PI pour maîtriser les coûts d’extension.

En conclusion, ne laissez pas la complexité juridique freiner votre expansion.

Passez à l’action.

Équipez-vous des outils d’analyse et de gestion qui transformeront ces risques en opportunités calculées.

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FAQ Propriété Industrielle

 

FAQ  : L’innovation adjacente

 

Quelle différence entre innovation adjacente et diversification ?

La diversification est un terme générique qui peut inclure des activités sans aucun lien avec votre métier (exemple : un constructeur auto qui achète une banque). L’innovation adjacente garde un lien fort : soit la technologie est commune, soit le client est le même. Elle capitalise sur un actif existant pour réduire le risque.

 

Mon brevet actuel me protège-t-il sur un marché adjacent ?

Cela dépend de la rédaction de vos revendications. Si elles sont rédigées en termes de « fonction » (exemple : « dispositif de mélange »), vous êtes protégé quel que soit l’usage. Si elles sont rédigées en termes d’application spécifique (exemple : « mélangeur de peinture »), vous n’êtes probablement pas protégé pour une application alimentaire. Un audit de votre portefeuille PI est nécessaire.

 

Faut-il déposer un nouveau brevet pour une innovation adjacente ?

Oui, si l’adaptation de votre technologie au nouveau marché a nécessité des modifications techniques inventives (nouvelle activité inventive). Ce « brevet de perfectionnement » ou « de sélection » renforcera votre position et prolongera votre monopole sur ce nouvel usage.

 

Comment savoir si un marché adjacent est libre de brevets ?

Il est indispensable de réaliser une étude de liberté d’exploitation de votre invention (Freedom to Operate) ciblée sur ce nouveau secteur. Les logiciels PI comme Patent Pulse permettent de scanner les brevets actifs dans ce domaine spécifique pour identifier les risques de contrefaçon avant de lancer le produit.

 

Puis-je financer mon innovation adjacente avec le Crédit Impôt Recherche ?

Oui, si le passage vers le marché adjacent nécessite de résoudre des problèmes techniques nouveaux (incertitudes techniques) et ne relève pas de la simple routine d’ingénierie. L’adaptation d’une technologie à un nouvel environnement est souvent source de difficultés techniques éligibles.